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9. Aides de Jeu : L’Interzone [Format Impression]

L’Interzone
créé par Alain Derxis , Collectif twisted_50s , Gamemestre , Hubert Terrieux , L01c Le 20 janvier 1953
[mots-clés: interzone ]

Introduction

Humphrey B

Alors comme ça, imprudent étranger, tu veux savoir ce qu’est l’Interzone ?

L’Interzone est l’ultime carrefour, là où tout se croise, où tout s’achète et tout se vend. La religion officielle est peut être l’Islam, mais notre religion officieuse est le commerce et l’argent. Non-lieu absolu, l’Interzone a autant d’apparences que de visiteurs. Semblable à un immense souk doublé d’un caravansérail, elle se construit tous les jours et se démonte toutes les nuits. Si les titanopoles sont grises, l’Interzone et jaune et ocre, et résonne des accords d’une perpétuelle musique. Sous des tentes larges comme des immeubles, semblables à celle-ci, des hommes en keffieh fumant d’improbables narguilés vendent et achètent tout. Des vacances de rêve ? J’ai. Des faux papiers europolitains ? J’ai. De la drogue ? J’ai. Des gadgets russes ? J’ai. Des objets Etrangers  ? Je sais qui peut t’en procurer. Si tu es solvable. Et de ruelles en ruelles, imprudent étranger, tu passeras d’intermédiaire en intermédiaire - tout le monde est un intermédiaire en Interzone - vers l’objet que tu cherches, peut être, ou bien vers un couteau qui brille et une mort dans une ruelle sombre, plus sûrement. Mais une mort tellement exotique, n’est-ce pas ? Les mafias ? Non, il n’y pas de mafias en Interzone, parce que l’Interzone est une mafia.

D’aucuns disent que l’Interzone est une titanopole. Si être une titanopole, c’est accepter les Etrangers, alors oui, l’Interzone est une titanopole. Car les Etrangers ont forcément quelque chose à vendre, comprends-tu ? Mais si c’est promouvoir une philosophie, une politique, alors l’Interzone n’est pas une titanopole. L’Interzone ne fait pas de politique. L’Interzone fait du commerce. Or le commerce et la politique ne font pas bon ménage, à l’exception du commerce de la politique - ce que vous autres vous appelez la diplomatie. Tu as entendu parler de la base sur la Lune, n’est-ce pas ? Tu sais où se trouve la base de l’Interzone ? Au milieu. Au carrefour. Sur la Lune comme sur la Terre, l’Interzone est au carrefour. Car c’est aux carrefours que l’on installe les péages.

Le sultan ? Oui, il y a un Sultan. Il a des richesses et du prestige, mais ne va pas croire qu’il nous dirige. Je t’ai dit que tout le monde est un intermédiaire ici, le sultan ne fait pas exception. C’est une sorte de VRP de luxe, si tu préfères. Ce qu’il vend ? Je t’en prie, imprudent étranger, ne pousse pas l’imprudence.

Oui, j’ai entendu parler de ce Jean Moulin et de son appel. Ce que j’en pense ? Oh, je ne fais pas de politique, et ces questions m’échappent. Mais je pense que c’est une bonne chose. Pour le commerce.

Mais je me lasse de ce conte, je ne suis pas Shéhérazade. Car si nous sommes tous des intermédiaires en Interzone, vous autres étrangers, vous venez tous ici pour chercher quelque chose. Alors je t’en prie imprudent étranger, cale-toi bien sur ces coussins, prend ce narguilé, tires-en quelques bouffées et raconte moi ce que tu viens chercher. Je t’écoute. Et ne me lasse pas.

Géographie

LdB, p. 27 : l’Interzone est une Titanopole "reliant l’Afrique du Nord au Proche Orient".

Gamemestre : Elle se situerait donc à cheval sur plusieurs pays actuels, plus précisément la Libye et l’Egypte à l’ouest, au sud, l’Arabie, avec une extension vers l’Est qui pourrait se situer aux alentours de l’Irak / Iran. Et vers le Nord ? Cette Titanopole s’étend jusqu’en Syrie, en Turquie ? Je donne là des limites qui ENGLOBENT le Moyen Orient dans l’Interzone, mais était-ce le point de vue éditorial ou non ? On pourrait même plutôt limiter l’Interzone à (grosso modo) un quadrilatère LE CAIRE-TEHERAN (ouest-est) et RIYAD-ANKARA (sud-nord), ce qui reviendrait à dire que le Nil constituerai sa limite Ouest, la chaîne Turque sa limite Nord, le désert arabique sa limite Sud, et le plateau iranien sa limite Est...

Jérome Noirez : L’Interzone de Retrofutur s’étend du Maghreb à la péninsule arabique et inclut également la Turquie.

Tristan Lhomme : L’équivalent interzonien de la Fédézone est à Istanbul, mais les alentours du Caire abritent le gros de l’activité diplomatique (sans oublier la base Gizeh). Le Wall Street de RétroFutur est le secteur de Beyrouth. Quant à la conurbation La Mecque/Médine, c’est une des merveilles du monde, qui abrite la seconde base de la titanopole.

Tristan Lhomme : Pour les bases, il y en a deux :
- Base Gizeh, dans la banlieue du Caire, intégrant tout le plateau de Gizeh, les trois pyramides et le Sphinx avec un tas de bâtiments annexes entre/dessous.
- Dar el-Islam, quelque part entre La Mecque et Médine, mais probablement pas construite autour de la Kaaba - Le pèlerinage et ses millions de visiteurs interféreraient avec les activités de recherche ultra secrètes de la base.

Politique

LdB, p. 27 : L’Interzone constitue la plus grande zone commerciale du monde, sa puissance repose sur le pétrole, cette Titanopole étant dirigée par le sultan-calife. C’est également la première destination touristique du monde.

Tristan Lhomme : C’est aussi le coeur diplomatique du monde de RétroFutur, l’endroit où des milliers d’agences se rencontrent pour discuter.

Jérome Noirez : C’est donc une titanopole tout à fait multiculturelle (maghrébine, arabe, perse, ottomane, et toutes les influences occidentales et orientales que l’on peut imaginer). C’est la titanopole la moins urbanisée, et les théâtres de guerre y sont rares. On préfère y intriguer et y commercer dans une paix relative. Les agences n’exercent pas un pouvoir aussi autoritaire qu’en Europole, mais l’Islam joue un rôle prépondérant (des avions-muezzins parcourent l’Interzone pour lancer des cieux l’appel à la prière), et un espion, s’il veut être efficace, à tout intérêt à connaître le coran sur le bout des doigts.

Jérome Noirez : Le sultan calife de Médine exerce son pouvoir par népotisme, même si beaucoup de régions échappent au contrôle de sa grande famille. Bien sûr, les ressources pétrolifères et minières sont importantes, mais ce ne sont pas les seules. L’expérimentation médicale, les drogues, le rôle joué par l’Interzone sur la lune, les arsenaux et les espaces d’hallucination que sont les déserts, ont aussi un poids non-négligeable dans la politique pour le moins complexe de la Titanopole.

Tristan Lhomme : L’organisation politique est sans doute assez proche de l’actuelle Arabie Saoudite : toutes les agences importantes sont gouvernées par des frères/neveux/cousins/oncles du sultan-calife. Le rang de prince donne automatiquement le droit (mais pas nécessairement l’envie) de diriger une agence. Et il y a des milliers de princes (20 000 dans l’Arabie Saoudite de 2003). La compétence du candidat est un critère, bien sûr, mais ses liens avec telle ou telle branche de la famille du calife sont largement pris en compte.

Religion

Tristan Lhomme : L’Islam joue un rôle de ciment, mais l’Interzone n’est ni l’Iran, ni l’Afghanistan. Le monde arabe est en pleine renaissance, et il n’a ni le temps ni l’envie de lapider les femmes adultères ou de persécuter les non-musulmans. (Ce qui ne veut pas dire qu’un équivalent Ben Laden n’est pas possible aux franges les plus extrémistes des groupes terroristes).

Tristan Lhomme : Les "musulmans" en général gèrent l’idée de l’existence des Etrangers aussi bien ou aussi mal que les chrétiens ou les bouddhistes. Autrement dit : il y a autant de réponses individuelles que de gens qui réfléchissent à la question. Le calife, autorité spirituelle suprême de tous les musulmans, a certainement exprimé son opinion sur le sujet. Elle n’est certainement pas défavorable aux Etrangers, dans le mesure où le calife est également le sultan, autrement dit la figure de proue politique de l’Interzone. Ceci posé, l’opinion du calife sur les Etrangers, c’est un peu comme l’opinion du pape sur la contraception dans notre univers : certains croyants suivent sans réfléchir, d’autres se posent des questions, apportent des nuances, ou contestent plus ou moins discrètement la ligne du parti. Ou s’en foutent et vivent leur vie en laissant les intellectuels se faire mal à la tête avec des questions théoriques. De leur côté, les érudits cherchent dans le Coran des sourates qui peuvent se rapporter aux Etrangers (au strict minimum, dans ce contexte, les passages sur le devoir d’hospitalité prennent un nouveau sens, mais on peut tout à fait imaginer une lecture déviante du Coran où l’ange Gabriel serait un Etranger).

Jérome Noirez : La lecture "Etrangère" du coran est aisée. Il y a énormément d’évocations cosmologiques dans le coran qui permettent, avec sans doute plus de facilité que la Bible, de faire correspondre le dogme Etranger à la religion. Et en Interzone, on ne s’en prive pas. L’un des credo de l’agence des Questions Religieuses, dont la fonction principale est justement de fabriquer et d’imposer par la propagande cette concordance, est "Mahomet, premier contacté". La grande différence avec l’Europole, c’est que, sous nos latitudes humides, le catholicisme est une agence, alors qu’en Interzone, l’Islam est une composante de tout le système (à des degrés très divers : de la théologie pure et dure au décorum sans consistance, en passant par l’observance de quelques règles que même les agents occidentaux respectent par soumission au protocole). Par ailleurs la pensée magique, pré-islamique, est très présente (en particulier dans le Maghreb) et l’intégration du "surnaturel" se fait avec plus de facilité qu’en Europole. Dans un monde de mirages, pourquoi perdre son temps à faire de la désinformation, alors que l’esprit s’en charge déjà ?

Subvers

Hubert Terrieux : Pour moi la pègre locale est organisée en une cinquième mafia musulmane qui ne sort pas de son territoire, et qui jongle entre les demandes des autres mafias et les forces conjointes des agences et du calife. Sur les bords, des guerres de colonisations où le calife subventionne son camp, et les agences l’autre. Dans le désert, des chefs terroristes nomades, qui sont beaucoup plus violents qu’en Europole, avec de véritables armées à leurs bottes, mais sous armées.

Jérome Noirez : La figure la plus importante de la résistance, au moins dans le Maghreb, est AbdelKrim. Il y a aussi de nombreuses sectes, comme les Ismaélites qui sont en lutte plus ou moins ouverte avec l’agence centrale (l’agence Rashidun), ou l’agence Umma chargée des questions religieuses.

Tristan Lhomme : Les "islamistes" (dans le sens actuel "d’intégristes musulmans") rejettent tout ça (les Etrangers). Dans la mesure où le "tout ça" en question est l’un des fondements de la société de l’Interzone, ces gens se rangent clairement à la marge. Après, il en existe une multitude de variétés, de l’inoffensif ermite réfugié dans le désert au dangereux terroriste désireux de renverser le calife.

Tristan Lhomme : Au fait, la tradition arabe préislamique recense un certain nombre de "civilisations perdues", englouties par la colère de Dieu pour avoir fait alliance avec les Etran... pardon, avec les djinns, à commencer par Irem-des-piliers dont le nom rappellera peut-être quelque chose aux joueurs de L’Appel de Cthulhu. Elles sont invariablement décrites comme technologiquement plus avancées que leurs voisines, mais moralement décadentes. Décidément, je pense qu’il doit y avoir des ermites qui attendent dans le désert profond la chute inévitable de l’Interzone, perçue comme une nouvelle Irem.

Industrie

LdB, p. 31 : Il existe une base lunaire en forme de trèfle rassemblant quatre modules (Bakufu, UAA, Europole, GBA) dont le centre est un "coeur administratif" placé sous le contrôle de l’Interzone.

Gamemestre : Je voyais bien un immense réseau d’entreprises interzoniennes profitant des "appels d’offres" de ces 4 titanopoles pour fournir en matériel et vivres appropriées ces stations orbitales et lunaires. Comme l’alliance indo-russe possède sa propre base spatiale (mais pas lunaire apparemment), j’imaginais assez bien, également, une sorte de fort espionnage industriel dans ce milieu particulièrement agité.

Urbanisme

Gamemestre : J’imaginais assez une coexistence assez chaotique entre la titanopolisation du bassin du Nil, avec une alternance de monuments antiques, de gigantesques immeubles... pyramidaux également, et d’immenses torchères, correspondant aux puits de pétrole exploités

Hubert Terrieux : Au vue des maigres description du décor de festin nu, je dirais que l’Interzone est comme ça, mais uniquement dans les banlieues des centres urbains importants, banlieues qui seraient minuscules comparées à celle d’Europole. Je vois le reste comme les franges dans le tissus urbain de l’Europole. Il y aurait de plus quelques îlots ultra urbains au milieu du désert là où il y a des ressources (tout à fait comme dans froid équateur de Bilal). Le reste resterait du sable, des cités-puits fantômes, des sites touristiques ultra modernes, et certains sites oubliés utilisés par la pègre locale.

Loïc Prot : Des villes souterraines... De larges puits (100m de diamètre) creusés dans le sable du désert, profonds de 500m. Sur les parois, des immeubles creusés à même la roche, des passerelles de descentes qui tournoient, des terrasses immenses, des ascenseurs rapides. En travers, des passerelles métalliques, et à mi-hauteur, des bâches de récupération d’humidité ou de pluie, qui alimentent des réservoirs creusés dans le roc. Au fond, des forages pour atteindre les nappes de pétrole, ou peut-être d’eau. Les puits sont espacés de 400/500m, et reliés entre eux par de larges galeries où passent des trains vapeurs et des chariots tirés par des ânes. D’autres habitations troglodytes creusées à même le roc le long de ces galeries souterraines, Un immense souk enterré. Avec quand même quelques pyramides géantes en surface, genre Archologie...

Jérome Noirez : La vision des villes-puits est tout à fait valide à mon sens, mais elle n’est pas la seule. Toute l’Interzone ne repose pas sur le désert. Globalement, l’espace disponible a engendré une architecture plus horizontale qu’en Europole. Mais encore une fois tout est possible. Ne pas se priver de l’ambiance médina, aussi bien que de l’ambiance arabokitch d’un Istambul onirique. D’ailleurs l’actuel Mecques donne une vision assez Retrofutur d’une mégapole arabisante ou religion et business fonctionnent de concert... Bref, l’Interzone est une titanopole bigarrée, éclatée, insaisissable, où les occidentaux titubent, harassés par la chaleur, l’alcool, la came, et où les effets Ubik se confondent avec les mirages .

Tristan Lhomme : Je penche pour une urbanisation "en collier" : les centres urbains sont reliés par des chemins de fer et des autoroutes, le long desquels se construisent des caravansérails, qui eux-mêmes donnent naissance à de nouveaux noyaux urbains. Prévoyez aussi de gigantesques canaux souterrains et des stations de pompage colossales pour absorber l’eau des nappes souterraines. Nous vivons dans un monde où le colonel Kadhafi à fait construire un réseau d’aqueducs souterrains de 3000 km pour irriguer Tripoli, il est probable que le sultan-calife suive cet exemple à GRANDE échelle. Bien sûr, ces canaux auront leur vie propre... Des ouvriers qui y vivent depuis vingt ou trente ans et qui ne sont jamais remontés à la surface. Du transfert de marchandises par eau qui met en péril les vieilles caravanes. Toute cette eau sert à faire fleurir le désert. Le Sahara a reculé (pas énormément, mais un peu). La Jordanie et le sud de la Syrie sont un immense jardin... Tout cela perturbe le mode de vie des bédouins, qui basculent dans la pauvreté, la sédentarisation forcée, l’entretien des autoroutes... Au bout de la route, pour certaines tribus, il pourrait y avoir un engagement dans la Résistance, si on pouvait les approcher.

Notes

Jérome Noirez : Il y aura dans le Livre-univers quelques renseignements supplémentaires sur cette région du monde. Un supplément consacré à l’Interzone dans un futur plus ou moins proche n’est pas une chose impossible... D’ailleurs, lors des longs débats pour situer l’action du livre de base, l’Interzone était en concurrence avec l’Europole et Paradise. C’est donc une titanopole importante.

Jérome Noirez : Je rappelle qu’historiquement "Interzone" qualifiait le statut particulier de la ville de Tanger. Burroughs, dans le festin nu, et d’autres ouvrages, a fait de l’Interzone une espèce d’état fantasmatique, mais en réalité circonscrit à Tanger.

 

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