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journal intime
[mots-clés: les goûts et les couleurs , sous-sols ]

Extrait d’un journal intime retrouvé par un Agent de Maintenance Souterraine

02-1-45

J’ai enfin trouvé un emploi ! L’agence de l’hygiène mentale a besoin d’une agent de classement et de communication, dans un bureau au nord d’ALT-Berne. L’agent du Concours m’a dit que je faisais parfaitement l’affaire. Il a même dit que j’aurais eu un poste plus élevé si je n’avais pas été une femme, mais il m’a fait jurer de ne pas le répéter. Je suis très nerveuse. Ma mère aimerait tant que j’obtienne ce poste. Nos revenus sont trop faibles, et elle pourrait être expulsée de son bloc. Je vais bien mémoriser le trajet pour y aller.

12h35

Je ne comprend pas ce qu’il se passe. La rame est bloquée depuis plus d’une heure. Je vais forcemment arriver en retard. Le controleur n’en sait pas plus que nous. Il faut absolument que je me calme.

13h10

Il y en a qui fument, alors que c’est interdit. D’autres sont descendus chercher du secours. Il y a une station plus loin, mais ils ne savent pas où. C’est trop tard pour l’entrevue.

17h

Ceux qui étaient partis sont revenus : ils ont trouvé une gare à plusieurs kilomètres. Etrangement, elle est vide. Et elle ne dispose pas de sortie. Mais ils disent que les distributeurs automatiques fonctionnent. Ils ont ramené de la nourriture. Ce ne sont que des nutrivites, mais ça suffira pour les plus affamés. Ils proposent de la rejoindre pour la nuit. Il y en a qui disent qu’il fait nuit de toute façon, et qu’ils ne doivent pas descendre : c’est interdit. Ils préfèrent attendre les secours là. Il y en a plusieurs qui ont sombré dans la catatonie. D’autres ont décidé que puisqu’il n’y avait pas de sortie à cette gare, c’est qu’elle est abandonnée, et qu’il est dangereux d’y aller. Moi, j’y vais. Je veux sortir de ce tunnel avant de devenir comme ces hystériques.

19h45

C’est un fait, elle est vide. Et il semble ne pas y avoir de sortie prévue, ce qui est totalement ridicule d’après le controleur. Certains sont partis chercher une autre station. D’autres sont repartis vers les wagons, avec des couvertures. Le camp s’organise. Apparemment, il y a un bar et deux hotels. Nous ne manquerons de rien pour l’instant. Cette station était apparemment consacrée aux peintres officiels. Les galeries sont recouvertes de peintures très colorées.

03-1-45

Cette aventure devient de moins en moins agréable. Ce matin nous avons été réveillés par un morceau de musique diffusé par les hauts parleurs. Ils ont l’air d’être détraqués, puisqu’ils l’ont repassé à midi. D’après monsieur Decierto, il s’agit de l’ouverture de William Tell. Aucun secours n’est venu de l’extérieur, et nous commençons à perdre espoir. Il y a ces peintures partout, même dans les chambres d’hotel, et les meubles y sont associés. Certaines sont signées Kandinsky, d’autres Klee. Je pensais qu’ils étaient morts tous les deux, mais Monsieur Decierto affirme que Klee vit toujours, dans la base du Bauhaus. Certaines sont assez jolies, mais je trouve certaines trop peu figuratives. Il semble qu’ils aient eu une approche trop limitée au sens des couleurs. Les roles commencent à se délimiter, et un chef s’est déclaré, Ronald Cohin. C’est un ancien agent de la paix. Il est très gentil, mais très paternaliste. Enfin, il faut bien vivre. Nous manquons de nourriture variée, mais les distributeurs se remplissent régulièrement. Les lignes téléphoniques sont coupées, pas de photofluide ni de pneumatique. Heureusement, la climatisation fonctionne bien. Madame Fuzzi et Madame Auralonde tissent des couvertures à partir des rideaux pour les nuits, qui sont fraîches. Nous apprécions ces menus travaux qui nous empêchent de penser.

15h

Les explorateurs sont revenus. Ils sont dépités : il n’y a pas de sortie. Ils ont ramené les passagers irréductibles du métro. Ils ont dû ligoter l’un d’entre eux, Antoine Calleoux, qui ne voulait pas venir.

04-1-45

J’ai perdu tout espoir d’être secourue de l’extérieur. Le groupe conduit par Lucien Decierto cherche à percer les conduites d’eau, afin que nous puissions nous laver. Un autre groupe, dirigé par Cohin, pense que les secours vont venir bientôt. Ils ne nous empêchent pas de faire ce que nous faisons, mais je sens que cela leur fait peur. Cela les oblige à considérer la possibilité de vivre dans ces tunnels. Je ne les blame pas, mais je veux survivre. Calleoux dit que d’ici un mois, nous serons tous morts du scorbut. Il n’a pas tord.

05-1-45

La radio s’est totalement déréglée, puisqu’elle diffuse maintenant la musique toutes les heures de la journée. Cependant c’est un rythme bienvenu pour nous qui n’avons plus le soleil. De toute façon, ils n’ont pas trouvé les hauts parleurs. Si seulement c’était moins fort ! Certains se plaignent de ne rien avoir à faire, et Decierto les attire dans notre groupe. Cela ne plait pas à Cohin. Toutes les canalisations d’air ont été trouvées, mais elles font toutes la taille d’une balle de tennis.

06-1-45

Les piles des torches se sont définitivement épuisées. Les tunnels nous sont devenus inaccessibles. Madame Auralonde a décidé de déménager. Elle dit que tout ce rouge lui porte sur le système. Elle va dans l’aile bleue de l’hotel de Cohin. Bizarrement, plusieurs personnes ont ainsi changé de groupe, à cause de l’ambiance. Pour ma part, ma chambre orange, éclairée par un tableau de Kandinsky (une aurore sur la Taïga) me plait beaucoup. J’ai beaucoup surveillé Antoine Calleoux, et je pense que c’est un homme cultivé. Il ne veut pas dire de quelle agence il fait partie, mais vu ses réactions face aux interrogatoires, je pense qu’il travaillait pour l’agence de l’Hygiène mentale.

07-1-45

Ce matin, nous avons eu la bonne surprise de voir arriver des plateaux surchargés de victuailles dans le restaurant des hotels. Il semble que les réfrigirateurs soient rechargés une fois par semaine, par des monte charges. Antoine s’est encore plus renfrogné, mais il ne désespère pas de nous voir mourir d’une façon ou d’une autre. Depuis que nous l’avons relaché, il erre au bord des rails, comme s’il voulait se jeter dessus. Seulement nous n’avons vu aucune rame depuis que nous avons quitté la notre.

16h

Lucien et Garrigue veulent prendre les monte plats pour remonter à la surface. Personne ne sait comment ils fonctionnent mais c’est notre seule chance viable.

09-1-45

Garrigue a réussi à ouvrir le panneau de la diffusion de la musique. Il a tout débranché, mais cela n’a rien modifié, alors il a interchangé quelques fils. La musique est maintenant diffusée directement dans les chambres, mais c’est un thème différent pour chaque chambre. Celle de ma chambre me va très bien, c’est l’été de Verdi. Seulement ce n’est pas le cas de tout le monde. Alors les fils ont été débarchés, rebranchés, interchangés... Rien n’y a fait, c’est comme si cela avait toujours été.

14h30

Antoine est parti. Il a crié qu’il savait ce qui nous arrivait et qu’il ne voulait pas y être mêlé, et puis qu’ils viendraient forcemment le chercher, alors il s’est enfuit. Dans le noir, sur les rails. Cohin a tenté de le rattrapper et s’est tordu la cheville. Lucien dit qu’il reviendra vite, à cause de la faim. Lucien est un homme charmant, mais je n’aime pas trop la façon avec laquelle il me regarde. J’espère qu’il ne se fait pas d’idée. Il est trop vieux.

18h

Il manque 6 personnes, parties chercher Antoine. L’ont elles rejoint ?

11-1-45

Les rats ! Ils nous ont réveillé cette nuit, après s’être attaqué aux provisions. Ils ont dévoré la totalité de la nourriture de la semaine. A l’avenir nous serons obligés de veiller pour la garder. Nous les avons repoussés avec des torches, mais notre combustible est loin d’être infini.

12-1-45

Je remarque des changements dans les gens que je cotoie. Mais c’est assez fugace, et je me fais peut être des idées. Cohin, par exemple, a déménagé dans un appartement rouge, non loin de celui de Lucien.

13-1-45

Cohin et Lucien se sont disputés sur la méthode à suivre pour surprendre les montes plats et remonter. Mais ils ont fini par s’accorder lorsqu’ils ont convenu d’y aller ensemble. Beaucoup protestent, et j’ai peur qu’une révolte n’ai lieu, menée par Michel Garrigue. Tout le monde veut repartir, et les craintes sur la limite de poids portée par les montes charges n’est peut être pas fondée. Les esprits s’échauffent, et d’autant plus que Lucien a insisté pour que je vienne avec eux. Je n’ai pas de complexe à ce sujet. A mon avis, plus tôt les secours seront là, mieux tout le monde se portera, et ce ne sont pas des grabataires qui pourront y arriver.

14-1-45

C’est le grand jour. Je suis impatiente d’essayer.


14-1-51

Je reprend ici le journal d’Alice Aberkham, qui a tenté de rejoindre le grand extérieur, avec Lucien Decierto et Georges Cohin. Notre communauté a vu hier la naissance du fils de Michel Garrigue et Violette Garrigue, dont j’ai célébré le mariage. Depuis le départ des trois sauveurs, bénis soient leurs noms, nous n’avons plus espéré rien du dehors. Rien que la nourriture et l’électricité. Nous avons enterré les corps des trois sauveurs non loin de la station, dans les ténèbres, afin qu’ils sanctifient les rails, et nous protègent des choses noires qui errent dans les ténèbres. Depuis le départ des sauveurs, nous avons appris à régler nos vies sur la musique et les couleurs. Les rouges et dérivés sont les gardiens de la communauté. Ils nous protègent des rats, et des fils du Calloux. Les jaunes et dérivés sont les gardiens de la nourriture et des fournitures. Ils sont les cuisiniers et marchands de notre communauté. Les bleus et dérivés sont nos conseillers spirituels. Nous prennons en charge les morts et tentons de contacter le Grand Extérieur. Les mélanges des couleurs primaires ont des fonctions variées, comme porteurs d’eau, ou éboueurs pour les verts. Nous sommes heureux, et ne rompons pas les règles des étrangers, qui nous ont permis de nous reconnaître.

14-1-52

Cette année s’est écoulée avec fracas. Nous avons perpétués nos roles de conseillers psychiques contre vents et marées, mais les jaunes et les rouges nous ont sollicité de plus en plus. Garrigue parle d’entrer en guerre contre les jaunes. Il prone une supériorité naturelle et nécessaire des protecteurs de la communauté, qui leur vaudrait plus de nourriture. Les rouges s’habillent maintenant d’armures carmins, et ne se séparent jamais de leurs étendars pourpres. D’après mes observations, il suffirait que les deux camps déménagent pendant quelques temps. Mais je sais qu’ils ne le feront pas. J’ai entendu dire que certains rouges avaient chez eux des offrandes sous leurs tableaux. Nous ne savons pas comment traiter cela.

22-4-52

La guerre a été terrible. Les jaunes ont assiégés les rouges, qui avaient envahi les dépots de nourriture. Le siège a été brisé aisément. La musique des jaunes a brisé les nerfs des rouges, et ils n’ont pas pu faire autrement que de casser les hauts parleurs des jaunes. Voyant cela, les jaunes firent de même dans les appartements rouges. Un petit malin chez les rouges s’est aperçu, chose que je tentais de cacher depuis longtemps, que le rouge les avantageait beaucoup. C’est un fait, les objets de notre couleur nous aiment, et nous obéissent mieux. Les rouges ont donc recouverts leurs armes de sang, et ont assassiné tous les jaunes qui participaient au conflit. Les jaunes restant ont fabriqué un pigment à base de peinture et en ont recouvert les rouges. Je n’ai pas assisté à cela, mais ceux qui se sont confessés m’ont raconté que les rouges repeints sont devenus fous et ont attaqué leurs amis ou se sont suicidés. La guerre s’est terminée ainsi, alors que nos rangs ont été réellement dépeuplés. Aujourd’hui encore j’ai assisté à 3 enterrements.

26 4 52

Nous avons essuyé une attaque des démons des ténèbres. Calloux les menait, et ils étaient habillés de noir. Nous ne les avons pas vu, jusqu’à ce que nous comprenions que c’était de leur faute, si les lampes s’éteignaient. Ils avaient des frondes en queues de rat. Nous avons cherché à les combattre, mais nous ne pouvions les voir. C’est comme s’ils étaient invisibles. En frappant au hasard, Violette en a tué un. C’est comme cela que j’ai compris. J’écris à présent sous la dernière applique murale intacte. Ils sont autour de nous. Nous sommes perdus.

 

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