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Scène de ménage
[mots-clés: ptnq , subver-t ]

LE MARI : Cadre dynamique, du genre à se comporter en infect tyran avec ses subalternes, et avec une nonchalance de pacha dès qu’il a passé le pas de sa jolie maison de banlieue. Le mari est assis devant la table de la cuisine. Il lit son journal tout en absorbant de manière assez écœurante des cacahouète.

LA FEMME : délicieuse ménagère affairée à ses fourneaux. Dans sa chevelure est échouée un unique bigoudi, oublié lors de sa précédente mise en plie. Elle est derrière sa cuisinière et s’occupe d’un rôti à l’aide d’une pléthore d’ustensiles grotesques.

Décor Une cuisine toute équipée, rutilante de plastique thermoformé et de Formica bien lustré.

LE MARI : Fichue journée au bureau...

LA FEMME (testant la cuisson du rôti) : Encore ce Paul ?

LE MARI : Oui. Nous souffrons tous de son incompétence au département de suburbanisme. Pourtant, depuis que nous utilisons la technique post-mercator, on a obtenu un gain important de productivité, mais cet idiot s’est mis dans la tête que le post- mercator abusait les gens sur la superficie réelle des parcelles. Comme si ça pouvait avoir une quelconque importance ? T’imagine ! Il s’est lancé dans des explications sans queue ni tête nous vantant le génie des cultures assyro-babylo-je-sais-pas-quoi en matière de plans d’occupation des sols ! C’est se foutre du monde !

LA FEMME (toujours à son rôti) : Tu n’as pas les moyens de le faire muter ?

LE MARI (souriant comme une tête de lotte) : Le faire muter ? Tu veux dire dans un autre service ?

LA FEMME : Ben oui ! Tu vois un autre moyen, toi ?

LE MARI (énigmatique) : Peut-être... Et toi, ma chérie, ta journée s’est bien passée ?

LA FEMME : Non. L’aspirateur est encore en panne !

LE MARI : celui qui incinère les poussières ?

LA FEMME. Mais non, celui-là est chez le réparateur depuis que j’ai aspiré notre malheureux petit tobby avec .... Tu sais bien... Non non, je te parle de l’autre aspirateur, celui que j’ai acheté le mois dernier à ce représentant.

LE MARI : Je t’ai déjà dit de ne jamais rien acheter à un représentant qui n’a pas au moins sa carte professionnelle de VRP dûment tamponné par l’Agence du Mercantilisme Nomade.

LA FEMME : Mais il l’avait !

LE MARI : Ca devait être une fausse... J’en parlerai à Roger Brodequin...

LA FEMME : Le laitier ?

LE MARI : mais non... Roger Brodequin, le type de l’Agence de Répressions des Abus du Mercantilisme Nomade. Je le vois souvent dans le tram... (en aparté) Peut-être qu’il est aussi laitier...

La femme s’énerve de plus en plus avec ses ustensiles de cuisine qui ont achevé de transformer le rôti en une espèce de bouse sanguinolente.

LE MARI : Et bien ! Tu en fais un carnage !

LA FEMME : C’est tous ces trucs... Je ne m’y retrouve pas.

LE MARI (en usant d’un ton affreusement condescendant) : Tu sais que notre voisine, madame Toporvair, propose des cours d’Economie Ménagère... Tu devrais t’y inscrire. Le progrès, c’est beau, mais il faut faire l’effort d’apprendre à s’en servir.

LA FEMME (lançant à son mari un regard particulièrement noir) : Apprendre à s’en servir ? Mais je t’en pris ! Je te cède la place !

LE MARI : Chacun sa part dans l’effort collectif.

LA FEMME : Ben voyons ! Aux femmes, la cuisson des rôtis, aux hommes, l’organisation des villes !

LE MARI : Tu sais que l’agence recrute de plus en plus de femmes...

LA FEMME (soudain calmée) : Il n’y a pas que l’Agence.

LE MARI : Sans doute. Mais pour un bon plan de carrière, c’est tout de même l’idéal.

La femme (froide et déterminée) : A voir...

Le mari hausse les épaules et reprend la lecture de son journal. La femme arrache de sa chevelure le bigoudi qui s’y trouvait et le laisse tomber au sol. Machinalement son mari le ramasse.

LE MARI : Tiens, tu as perdu ça...

La femme ne répond pas et ne fait aucun geste pour récupérer le bigoudi.

LE MARI : Eh ! Tu ne veux pas que je le mange, quand même...

LA FEMME (qui n’a plus du tout l’air d’une brave ménagère) : Depuis combien de temps sommes-nous mariés ? Dis-moi... Quatre ans ! Quatre longues années ! Quatre longues années à mentir et à subir ! Il en faut du courage tu sais ! Quatre ans ! Je savais que c’était le prix à payer. Et je l’ai payé ! Mais maintenant, c’est fini... Je te disais qu’il n’y avait pas que l’Agence qui recrutait des femmes... Tu nous as fourni beaucoup de précieux renseignements. Nous avons tout ce qu’il nous faut pour saboter vos futurs plans d’urbanisme, vos saloperies d’immeubles à capture de foudre qui font crever les habitants en quelques mois !

Le mari se relève de sa chaise, effaré.

LE MARI : Mon dieu ! Tu es une de ces... terroristes !

La femme hoche négativement la tête.

LA FEMME : Je ne suis pas une terroriste ! Je suis une résistante ! Je ne vois qu’un terroriste ici, et c’est toi.

Elle sort de la poche de son tablier un pistolet qu’elle braque sur son mari.

LA FEMME : Tu vois finalement, pour le plan de carrière, l’Agence, c’est pas l’idéal... Ah, au fait, Tobby, cette petite horreur qui conchiait systématiquement ce que je venais de nettoyer, j’ai fait exprès de l’aspirer !

Coup de feu. Noir. Rideau.

 

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